Lycée Pontus de Tyard - Chalon-sur-Saône

L’Échappée littéraire au lycée Pontus de Tyard : une rencontre servie sur un plateau !

Le 22 janvier 2026, à Chalon-sur-Saône, la scénariste et dessinatrice Justine Sow été reçue par les élèves du lycée Pontus de Tyard, qui lui ont réservé un accueil chaleureux, chatoyant et parfaitement scénarisé, à l’image de son roman graphique Wax Paradoxe.

« Bonjour Madame Sow, bienvenue au lycée Pontus de Tyard, je suis heureux de vous accueillir dans notre établissement où nous suivons nos études de design textile. Vous êtes attendue pour le tournage de l’émission littéraire hebdomadaire « Plumes et paroles» au sujet de votre roman graphique Wax paradoxe… »

 

Pour dépoussiérer le rituel scolaire des questions-réponses avec un professionnel du livre, quoi de mieux qu’une mise en scène en bonne et due forme ? Transformer ce rendez-vous attendu, et parfois convenu, en un show télévisé ingénieusement scénographié, c’est le défi relevé avec brio par la classe qui participe cette année au prix de l’Échappée littéraire.

 

Prise en charge dès son arrivée dans l’établissement par deux élèves jouant les rôles de journaliste et d’attachée de production, l’auteure a été guidée dans une grande salle aménagée pour l’occasion en un plateau de télévision, face à un public constitué des élèves de la classe, de l’équipe enseignante ainsi que du proviseur de l’établissement et de son adjointe. Le décor et certains des protagonistes étaient ornés pour l’occasion de tissus africains chatoyants, en écho au sujet de son roman graphique portant sur l’histoire du wax et des liens riches et complexes que tisse cette étoffe entre Afrique, Europe et Asie.

 

Justine Sow s’est prêtée d’autant plus volontiers au feu roulant de questions perspicaces sur différents aspects de son métier et de son œuvre, que le format de l’émission agrémentait ces échanges par des saynètes jouées par des élèves et illustrant des moments-clés du récit de Wax paradoxe. Le « public » n’était pas en reste posait des questions à la spontanéité très étudiée, témoignant ainsi d’une préparation remarquable permettant d’assurer une rencontre sans temps mort.  

« Par moments, c’est comme un jeu. »

Comme dans toute interview réussie, l’efficacité à la fois ludique et maîtrisée de la mise en scène a permis à l’auteure de se livrer, confiant par exemple qu’elle se sentait plus à l’aise avec la construction du scénario qu’elle considérait comme un « jeu de construction » dans lequel il convenait de « mettre du rythme » avec d’obtenir un « récit fluide. » Revenant sur le genèse de son œuvre et la série de contraintes qu’elle avait dû assumer pour la mener à bien, Justine Sow a apporté un éclairage précieux sur ce qui détermine le travail de création, y compris dans ses aspects les plus techniques.

Les interrogations habilement orientées des élèves/journalistes ont amené Justine Sow à expliciter le sens du titre de son œuvre en revenant sur son objet, le wax pouvant être considéré aussi bien comme une réalisation artistique que comme un produit commercial ou encore comme un symbole interculturel. Une transition toute choisie pour permettre à différents groupes d’élèves d’exposer le fruit de recherches thématiques menées en cours de SES sur le tissu africain considéré dans ses dimensions économiques, sociales et politiques.

La clarté et l’intérêt de cette exposition réalisée par les lycéens a contribué à mettre en lumière ce qui fait la richesse et l’ambivalence du tissu dont Justine Sow a fait la matière de son livre : un produit colonial suscitant à la fois un phénomène de rejet et une réappropriation identitaire de la part des peuples décolonisés. L’auteur s’est appuyée sur ces réalisations pour inciter les élèves à se défier des discours simplificateurs et à déconstruire les préjugés qui en sont la conséquence :

« N’ayez pas peur de la complexité. La complexité est belle »

Ce sont des mois d’une préparation enthousiaste, menée en interdisciplinarité, qui ont été nécessaires pour aboutir à une rencontre si remarquablement réussie.

Outre la recherche documentaire, déjà évoquée, menée en sciences économiques et sociale sur le sur la thématique « Le wax : un tissu aux mille couleurs et enjeux », l’annonce de la rencontre avec Justine Sow a conduit, en français, à l’élaboration d’un fil conducteur destiné à structurer les activités pédagogiques. Le choix s’est donc porté sur une mise en scène inspirée de l’interview journalistique. Afin de soutenir cette immersion, des pagnes de wax ont été acquis auprès d’une association engagée dans le commerce équitable, et divers objets en tissu wax ont été rassemblés.

En amont, dès le mois de novembre, les séances en demi-groupes ont permis d’aborder le vocabulaire spécifique de la bande dessinée, à partir de l’analyse de certaines planches de l’œuvre. Un travail de reconstitution a également été proposé autour d’un document analytique afin de mettre en évidence la structure initiatique du schéma narratif de la bande dessinée.

Début décembre, un travail en classe entière a été consacré à la découverte et à la pratique du haïku, après un rappel des règles et l’étude d’exemples. Les élèves ont été accompagnés dans leur production par la projection d’illustrations issues du roman graphique, marquant les transitions narratives. Par la suite, des portraits chinois ont été réalisés en demi-groupes, dans une démarche d’écriture créative.

Parallèlement, les élèves ont poursuivi leur travail de préparation des saynètes impliquant l’écriture, la répartition des rôles, la mémorisation et la mise en scène, avec l’accompagnement des enseignantes. Début janvier, l’ensemble des productions a été articulé dans une maquette finale intégrant interview, créations littéraires et mise en scène, afin d’exploiter pleinement les richesses du roman graphique.

Un projet qui rayonne au-delà de la classe

Dans une perspective de valorisation, un article a été publié sur le site du lycée afin de rendre compte du projet. Des prolongements ont été envisagés, notamment une intervention au sein d’une résidence senior ayant acquis l’ouvrage, ainsi qu’un partenariat avec un établissement scolaire voisin.

Lors des journées portes ouvertes du 21 mars, les travaux des élèves, notamment en SES, ont été présentés au public. Par ailleurs, le tissu utilisé dans le cadre du projet a été réemployé par des élèves d’une section Métiers de la Mode pour la confection de tote bags, destinés à être distribués en souvenir de cette expérience.

Le projet en bref

Ce projet s’inscrivant dans le cadre de l’édition 2025-2026 de L’Échappée littéraire a été mené en interdisciplinarité par Sandrine Didier-Fouache, professeure de français, Arnaud Prat, professeur de sciences économiques et sociales et Claude Roucher-Sarrazin, professeure documentaliste.

Contact

article proposé par Emmanuel Freund, domaine lecture-écriture

emmanuel.freund@ac-dijon.fr

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