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« Green war » ; « Open mind » ; « Dépérir ou agir » ; « La Terre, elle nous protégera/nous la protégerons » … C’est dans un CDI décoré d’oriflammes rouges et verts que Fred Pontarolo rencontre ses lecteurs de Seconde du lycée Pasteur. Sur les bannières s’étalent des slogans qui sont autant de citations ou de réactions à la lecture de la bande dessinée Impact.
Entre récit d’enquête, thriller politique et dystopie écologique, cette adaptation d’un roman d’Olivier Norek (Michel Lafon, 2020) raconte comment un ancien membre des forces spéciales bascule dans l’écoterrorisme pour faire payer, littéralement comme au sens figuré, les grands pouvoirs auxquels il impute la culpabilité de la mort de sa fille et de la destruction du vivant.
Ces oriflammes ont été réalisés par les élèves au cours d’un atelier de quatre heures en partenariat avec l’association Superseñor. L’un d’eux résume avec une remarquable économie de moyens la question centrale du livre et les enjeux qu’elle soulève : « On fait quoi ? ». Ou, pour paraphraser Lénine, « que faire » face à la catastrophe globale annoncée, dont tout le monde est averti mais personne ne semble en capacité de prévenir, alors même qu’elle concerne au premier chef la génération à laquelle appartiennent les lycéens. Face à des puissances nuisibles et des États incapables de les réguler ou de les juguler, l’action violente peut-elle s’avérer nécessaire, sinon légitime ?
Les slogans lancent efficacement la discussion avec l’auteur. Le sens de l’alternative « dépérir ou agir » est commenté à l’appui du contenu narratif de la bande dessinée, qui permet à Fred Pontarolo de poser les termes du débat tout en revenant sur le sentiment ambivalent qu’inspire le personnage principal du récit. Un élève résume les échanges menés en classe sur la question de l’activisme : en substance, les lycéens estiment que le sacrifice pour une cause noble est louable mais dénoncent toute forme de terrorisme pour ce qu’elle est : un crime. Le dialogue et la communication sont délibérément préférés à l’action violente.
La prise de position commune et réfléchie des lycéens a été nourrie en amont par la découverte de textes proposés par Juliette George, leur professeure de lettres : des extraits des Justes, d’Albert Camus, de Ceux qui partent, de Jeanne Benameur, ainsi que du Ministère du futur, de l’auteur de science-fiction Kim Stanley Robinson, sans oublier la Lettre de la prison de Buckingham, de Martin Luther King ou encore une interview d’Olivier Norek, l’auteur d’Impact dans sa version romanesque originale. Autant de textes complémentaires qui ont alimenté la réflexion individuelle et le débat collectif. Ces lectures connexes ont encore été enrichies par des recherches documentaires sur le thème de l’environnement, et en particulier sur des associations militantes.
Les recherches menées en autonomie ont également porté sur la connaissance de l’auteur, comme en témoignent la précision et la pertinence des questions posées sur son parcours. Fred Pontarolo est invité à évoquer ses années de formation au dessin mais aussi à l’écriture de scénarios. Sensibilisé à la peinture dès ses années de lycée grâce aux cours d’histoire des arts, l’ancien étudiant de l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg (aujourd’hui Haute École des arts du Rhin) revient sur l’ouverture culturelle et l’intérêt de la pratique artistique conférés par ce cursus, mais aussi sur un esprit de coopération qui l’a amené plus tard à privilégier des collaborations lui permettant « d’apprivoiser d’autres univers » que le sien.
Cette capacité à travailler en duo est également une façon d’enrichir un travail de création solitaire dont Fred Pontarolo n’a éludé ni les aspects exaltants, ni les contraintes. En dépit d’une charge de travail considérable et d’aléas commerciaux l’amenant à consacrer des mois entiers à l’élaboration d’un scénario sans aucune garantie de publication, l’artiste ne remet pas en cause une activité alliant l’universel et l’intime et dont il souligne le caractère essentiel : « les romans, les films, les bandes dessinées, c’est le ciment de l’humanité ».
Avant la rencontre, les élèves ont été initiés au vocabulaire et aux codes de la bande dessinée. Par binômes, certains d’entre eux se sont livrés à des analyses de planches à partir de problématiques de leur choix, à la manière d’un véritable commentaire analytique de texte littéraire. Ce travail préalable apprécié par l’auteur conduit ce dernier à répondre à des questions affutées sur les stratégies narratives et les options esthétiques qui prévalent dans la bande dessinée.
Fred Pontarolo met ainsi en évidence l’étape cruciale du storyboard dans l’adaptation du roman en bande dessinée : un véritable exercice de « condensation » qui détermine non seulement le choix des ellipses et des procédés de mise en page destinés à assurer un rythme de lecture approprié.
Interrogé sur la prédominance des clairs-obscurs dans les planches du roman graphique, le dessinateur reconnaît « être fasciné par les œuvres un peu sombres » et revendique des influences qui s’apparentent à l’expressionnisme, en citant comme exemple la direction photographique des premiers films de Jean-Pierre Jeunet et de Marc Caro (Delikatessen, La Cité des Enfants perdus…). L’influence du cinéma est d’ailleurs centrale dans son œuvre, le dessinateur visualisant ses bandes dessinées plus en termes d’images animées que d’images fixes et allant jusqu’à s’inspirer de visages de certains acteurs pour concevoir ses personnages.
À l’issue de ces échanges fructueux, de nombreux événements et activités en lien avec le dispositif L’Echappée littéraire attendent encore les lycéens, qui poursuivront leurs rencontres la semaine suivante par un entretien avec le romancier Roland Buti. L’auteur de Les Petites musiques (Gallimard, 2026) sera accueilli par la présentation de nouvelles productions d’élèves : dix-huit fanzines, chacun reprenant une lettre du titre du roman et traitant de la thématique : « Qu’est-ce qui vous rend différent ».
Les partenariats culturels qui enrichissent le projet seront à nouveau mobilisés au printemps avec des visites prévues à la médiathèque Pierre Bayle et au café-librairie L’Interstice. L’ensemble des travaux et des créations réalisés tout au long de l’année seront valorisés non seulement lors de la journée portes ouvertes du lycée, mais aussi pendant la restitution de l’édition 2025-2026 du prix littéraire, dont l’établissement est le lieu d’accueil pressenti.
Au lycée Pasteur, la participation à L’Échappée littéraire 25-26 concerne trente-cinq élèves de Seconde générale, à l’initiative de Florence Langlois, professeure documentaliste, et Juliette George, professeure de lettres classiques.
Le projet est mené en partenariat avec l’association Superseñor, la médiathèque Pierre Bayle et le café-librairie L’Interstice, à Besançon.
L’atelier de pratique artistique autour d’Impact a été mené par l’auteure et artiste performeuse Marianne Villière. Cet atelier, ainsi qu’un atelier mené par l’artiste multimédia Deana Kolencikova à partir du roman Les petites musiques, de Roland Buti, a pu être mis en œuvre grâce au financement proposé par la Région Bourgogne-Franche-Comté dans le cadre de l’Échappée littéraire.
article proposé par Emmanuel Freund, communication – lecture-écriture